Progrès-dimanche
Général, dimanche, 25 janvier 2009, p. 4

Statistiques non diffusées
Boucher plaide la désinformation

Katerine Belley-Murray

CHICOUTIMI - Le groupe L'Après-Rupture juge que l'Agence de santé a collaboré à une "entreprise de désinformation". Il souhaite du même coup que davantage de maisons-ressources pour les hommes soient implantées au Québec.

Le président de L'Après-Rupture, Jean-Claude Boucher, considère que les résultats de l'Enquête psychosociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean auraient dû être dévoilés au grand public depuis fort longtemps. L'Après-Rupture est un organisme voué à la défense des droits des pères.

"C'est inadmissible. Les groupes de femmes ont fait des pressions afin que ces résultats ne sortent pas. On se fait berner depuis 30 ans. On nous dit qu'il y a 300 000 femmes battues au Québec. Ces statistiques prouvent le contraire. C'est un mensonge grossi afin de permettre aux organismes de femmes de se remplir les poches", affirme M. Boucher.

Selon lui, il est totalement incompréhensible qu'aucune maison d'hébergement pour hommes ayant subi de mauvais traitements n'existe au Québec, alors qu'il y a environ 130 maisons pour femmes battues. Il existe, en Suisse et en Allemagne, des maisons d'hébergement pour hommes battus.

Dans la province, le Service d'aide aux conjoints permet aux hommes vivant des difficultés conjugales de téléphoner à un intervenant. Sept pour cent de sa clientèle a été victime de violence conjugale.

"L'argent déboule (sic) pour les femmes violentées. Il ne devrait y avoir aucun cas sévère de violence. Ça ne devrait pas exister. C'est cependant une réalité. Par contre, il faut aider les personnes qui ont besoin d'être soutenues et aidées. Il y a beaucoup d'hommes parmi ces gens. Les gars qui essaient de porter plainte et appellent la police se font arrêter. L'injustice a trop duré."

L'égalité?

Jean-Claude Boucher estime que l'égalité devrait être dans un sens comme dans l'autre. Selon lui, pour l'instant, seules les femmes profitent de nombreux avantages.

Sévère dans ses propos, M. Boucher dénonce vertement un système qu'il estime être de deux poids, deux mesures. Selon lui, l'État est fort généreux envers les organismes de défense des droits des femmes alors que les hommes demeurent sans ressources. Ceux-ci sont victimes de préjugés très défavorables en matière de violence et cela fait l'affaire des femmes, ce qui explique que les chiffres, sans avoir été cachés, n'ont pas fait l'objet de diffusion. Selon lui, l'Agence de santé n'a pas rempli sa fonction.

"Plusieurs hommes se suicident parce qu'ils ne trouvent pas de solution. C'est extrêmement grave. Ils ont caché la condition des hommes pour continuer de donner aux femmes."

Répercussions identiques

S'il est fort possible qu'une claque au visage donnée par un homme aie plus de répercussions physiques, M. Boucher considère que des dommages "incommensurables" ont lieu à la suite du geste.

"Les gars ont les mêmes dommages psychologiques. La claque fait moins mal, oui, mais dérange tout autant mentalement. C'est certain que ça ne fait plus mal le lendemain, mais son coeur n'est pas guéri. Quand un couple a de la difficulté, ce n'est pas uniquement la femme qui a besoin d'aide, mais l'homme aussi. Si deux enfants se battent, ce n'est pas parce qu'ils ne s'aiment pas. C'est la même chose pour les parents; on devrait les aider au lieu d'envoyer le mari en prison à la moindre occasion, croit Jean-Claude Boucher. Nous les ramassons à la cuillère. Ils viennent nous voir, à L'Après-Rupture, et n'ont plus un sou. Il y a un tsunami qui se prépare parce que les hommes sont tannés...", jure M.Boucher.

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Progrès-dimanche
Général, dimanche, 25 janvier 2009, p. 3

Dans la région comme à travers le monde
Les femmes, plus violentes que les hommes

Katerine Belley-Murray

CHICOUTIMI - Et si les femmes n'étaient pas les seules victimes de la violence conjugale? Une enquête menée au Saguenay-Lac-Saint-Jean et publiée en 2000 prouve que les hommes sont davantage victimes de violence dans la région. Le Progrès-Dimanche a mis la main sur des données pour le moins étonnantes...

L'inexistence de la violence conjugale faite aux hommes est un mythe. En fait, la vérité a de quoi surprendre, voire choquer.

Selon l'enquête psychosociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean réalisée en 2000 par la Direction de la santé publique, 5,4 pour cent des hommes ayant vécu avec une partenaire au cours des douze mois précédents la recherche auraient subi de la violence physique. Un taux dépassant largement les 2,4 pour cent de femmes qui auraient été victimes de ce genre de sévices, lors de cette même période.

L'enquête psychosociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean, menée au coût de 85 918$, était, jusqu'à aujourd'hui, passée inaperçue. Et tous ses résultats vont à l'encontre de la croyance populaire.

On y apprend, en outre, que 1,3 pour cent des hommes et 0,8 pour cent des femmes auraient subi de la violence physique sévère au cours de la période étudiée. La gent masculine, en ce qui a trait à la violence psychologique ou aux agressions verbales, vient également au haut de la liste, avec 35,8 pour cent, 1,5 pour cent de plus que les femmes.

Quelque 5,4 pour cent des hommes et 2,4 pour cent des femmes auraient subi de la violence physique mineure.

Autres études

Plus étonnant encore, l'Enquête psychosociale est loin d'être la seule à en arriver à de telles conclusions.

Le chercheur Denis Laroche, de l'Institut de la statistique du Québec, a analysé les données de l'Enquête sociale générale menée par Statistique Canada en 1999. Au sein de cette recherche, il est indiqué que 3,9 pour cent des hommes québécois et 2,9 pour cent des femmes ont été victimes de violence conjugale de la part de leur conjoint actuel (en 1999). Cependant, le taux est plus élevé chez les femmes (10,6%) que chez les hommes (9,3%) en ce qui a trait à la violence subie par un ex-conjoint.

"Le contraste pourrait indiquer que les hommes demeurent plus longtemps que les femmes dans une union marquée par la violence conjugale, estime Denis Laroche. Il est également possible que les femmes ayant recours à la violence interrompent cette conduite criminelle plus souvent que les hommes le font."

Dans le rapport de recherche de M. Laroche, il est indiqué que le nombre de personnes qui rapportent au moins un événement de violence physique au cours des cinq années, au Québec, s'élève à 3,9 pour cent chez les hommes et 2,9 pour cent chez les femmes, soit un effectif d'environ 70 200 hommes et 52 600 femmes. Les taux correspondant dans l'ensemble du Canada s'élèvent respectivement à 4,0 pour cent et 3,6 pour cent. Dans ces estimations, les répondants vivant avec un conjoint de même sexe ne sont pas inclus.

"La version la plus récente de la liste constituée par Fiebert (juin 2003) fait état de 138 articles scientifiques - soit 111 études empiriques et 27 analyses ou revues de littérature - qui démontrent que les femmes ont recours à l'agression physique aussi souvent, parfois plus souvent, que les hommes dans leur relation avec leur conjoint ou leur partenaire masculin", peut-on lire dans le rapport du chercheur de l'Institut.

"Ce n'est pas un phénomène unique au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou à la province de Québec, explique Denis Laroche. Il y a plusieurs enquêtes, menées aux États-Unis, au Canada ou en Nouvelle-Zélande, par exemple, qui tendent à démontrer la même chose. La violence atteindrait son paroxysme chez les jeunes adultes âgés entre 18 et 25 ans, puis diminuerait rapidement. On ne sait pas pourquoi, mais c'est ainsi. Peut-être par colère, par dépit."

"La violence est un mode d'interaction que les femmes utilisent lorsqu'elles sont plus jeunes. La communication devient plus grande ensuite, les modes d'interaction changent. Il n'en demeure pas moins que les enquêtes prouvent que les femmes ne font pas uniquement se défendre. Les femmes autant que les hommes prennent l'initiative d'avoir recours à la violence. Même que les études prouvent que lorsqu'il y a violence unidirectionnelle, dans la majorité des cas, la femme est l'instigatrice."

Un rapport de chercheurs du Center for Disease Control des États-Unis, en 2001, mentionne que dans 70 pour cent des cas où la violence est unidirectionnelle, la femme en est en effet l'instigatrice. Cette enquête a été menée auprès de jeunes adultes de 18 à 28 ans. Il y est également écrit que les hommes ont plus de chances d'infliger une blessure que les femmes.

Les hommes vivant avec une partenaire au sein d'une relation où la violence est présente sont physiquement blessés plus souvent (25,2%) que les femmes vivant dans une relation où la violence est unidirectionnelle (20%).

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Général, dimanche, 25 janvier 2009, p. 2



Au lieu de porter plainte à la police

Les hommes pensent au suicide



Katerine Belley-Murray



CHICOUTIMI - "J'ai déjà eu connaissance que c'est arrivé, mais c'est une minime proportion des plaintes reçues", affirme Bruno Cormier, de la Sécurité publique de Saguenay, concernant les plaintes pour violence conjugale portées par des hommes.



"Ce n'est pas régulier du tout. Peut-être que les hommes ne portent pas plainte. Lorsque nous arrivons sur les lieux d'une infraction, nous vérifions si les versions des deux personnes correspondent et nous faisons une arrestation s'il y a lieu. Aucune loi ne nous oblige à arrêter l'homme. Si la femme désire ne plus porter plainte, une fois que nous sommes sur place, nous pouvons tout de même procéder à l'arrestation de l'individu en vertu de la loi."



Il est impossible de connaître les statistiques exactes concernant le nombre de personnes arrêtées pour violence conjugale, puisque les dossiers ne sont pas répertoriés de cette manière par la police. Il n'y a pas de code spécifique rattaché à la violence conjugale. Ces crimes sont donc classés dans les rubriques "chicanes de famille" ou "voies de fait".



Même chose au CAVAC



La directrice générale du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) de la région, Nathalie Lamy, confie qu'il est très rare que des hommes portent plainte contre leur conjointe. Elle a été pour le moins surprise lorsque la journaliste lui a confié que les statistiques révèlent que les hommes subissent davantage de violence conjugale que les femmes.



"Nous avons juste à aller nous asseoir une journée au Palais de Justice pour constater que ce sont les femmes qui sont le plus souvent les victimes! Ça n'exclut pas qu'il est possible que les hommes subissent aussi de la violence. On sait qu'il y a des groupes masculinistes qui ont essayé de faire changer les perceptions. Le danger, c'est de biaiser la réalité."



Environ 23 pour cent de toutes les problématiques traitées au CAVAC sont liées à la violence conjugale.



"Nous avons des documents du ministère de la Sécurité publique qui datent de 2003 indiquant que 84 pour cent des victimes de violence conjugale seraient des femmes. C'est ce que nous observons également au CAVAC."



Un commentaire qui tend à confirmer que les hommes ne portent pas plainte au criminel.



Suicide 02



"Les hommes vont moins chercher d'aide et utilisent des moyens plus radicaux", explique le responsable du secteur communautaire au Centre de prévention du suicide 02, Laurent Garneau. Selon lui, il existe beaucoup de services pour la population, mais ceux-ci ne sont pas nécessairement crédibles pour les hommes. "C'est un constat d'échec pour un homme que de demander de l'aide. Le fait que certains soient victimes d'actes de violence conjugale ébranle tout ce que l'on entend normalement."



M. Garneau considère que les hommes sont victimes de plusieurs autres formes de violence. "Le chantage affectif et la cruauté mentale mènent à la détresse. Il ne faut pas banaliser tout ça. Plusieurs personnes rient lorsqu'un homme dit être victime de violence conjugale. On croit qu'il n'a qu'à se défendre physiquement. Beaucoup de préjugés demeurent. La peur du ridicule ou du jugement des collègues empêche les gars de se plaindre", croit M. Garneau.



Selon le responsable, environ 80 pour cent des gens qui se suicident chaque année sont des hommes.



*Encadré(s) : *



Cent questions ont été posées aux 3023 répondants.

Environ 500 personnes ont répondu au sein des villes de La Baie, Chicoutimi, Jonquière, Roberval, Dolbeau-Mistassini et Alma. Voici quelques exemples de questions concernant la violence conjugale:

Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) poussé(e), secoué(e) ou bousculé(e) (au cours des 12 derniers mois)?

Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) frappé à coups de poing ou avec un objet dangereux (bâton, ceinture ou autre)?

Votre conjoint(e) a-t-il (elle) hurlé ou crié après vous?

Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) battu(e)?

Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) agrippé(e) brusquement ou immobilisé(e)?

Votre conjoint(e) vous a-t-il (elle) donné une claque ou une gifle?



*Illustration(s) : *



SIMULATION (photo Rocket Lavoie)



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