L’APRÈS-RUPTURE est heureux de
décerner un autre prix
citron à un journaliste. Au lecteur de juger par
lui-même du degré
de
professionnalisme journalistique…
VIOLENCE FAMILIALE SELON
EVÉRARD MAILLET… ET LA RÉALITÉ SCIENTIFIQUE
Dans son édition du 28 janvier dernier, le journaliste Evérard Maillet dans son éditorial intitulé APPUYONS LES INITIATIVES DE LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAMILIALE démontre qu'il est en retard de 17 ans pour ce qui concerne la réalité de ce type de violence. Son affirmation: " Selon des études, la violence dans la famille toucherait en effet plus de la moitié des femmes canadiennes de plus de 16 ans" est complètement fausse.
| Éditorial: Appuyons les
initiatives de
lutte contre la violence Publié le 28 janvier 2010 Evérard Maillet Édition Shédiac, l'étoile La violence familiale s'avère toujours un problème social urgent, et ce, en dépit de la promotion de divers programmes d'information qui visent spécifiquement à éduquer et à sensibiliser le public sur le sujet. Selon des études, la violence dans la famille toucherait en effet plus de la moitié des femmes canadiennes de plus de 16 ans. Par violence familiale, on comprend la violence faite aux enfants, aux jeunes, aux personnes âgées, aux conjoints ou partenaires et aux personnes handicapées. Elle peut prendre également différentes formes, dont la violence physique, sexuelle, psychologique ou l'exploitation financière. Il appert néanmoins que les attitudes des Néo-Brunswickois ayant trait à la violence familiale changent pour le mieux depuis les quelques dernières années. Un sondage (2009) révèle effectivement que la population de notre province est de plus en plus sensibilisée à la violence faite aux femmes. À preuve, quelques statistiques du sondage démontrent que 97 % des répondants estiment que toutes les formes de violence à l'égard des femmes devraient être signalées. D'autre part, 91 % sont fortement ou quelque peu préoccupés par les mauvais traitements infligés aux enfants. Or, si progrès il y a dans la lutte pour éliminer la violence familiale, ou conjugale, il reste évidemment un long chemin à parcourir et les centres qui sont au service des femmes battues peuvent l'attester. À titre d'exemple, on rapportait l'année dernière dans une édition de L'Étoile que 116 femmes et 84 enfants se sont réfugiés dans une seule année au Carrefour pour femmes (dans le Sud-Est), ce qui représente 2500 nuitées. Nous avons tous et toutes une part de responsabilité en vue de réduire progressivement l'incidence de la violence familiale. C'est pourquoi également que nous sommes invités à appuyer financièrement des organismes qui viennent en aide aux femmes battues. Et c'est particulièrement triste dans le cas des enfants qui sont malheureusement des victimes sans défense et effrayés lors d'une violence conjugale. Ainsi, pour une cinquième année consécutive, les gens du Sud-Est seront alors demandés d'être généreux lors d'un radiothon qui dit « Non à la violence » et qui aura lieu le 12 février sur les ondes de BO-FM et CJSE. Tel qu'annoncé dans L'Étoile de la semaine dernière, cette année les organisateurs de l'événement ont pour objectif d'amasser 160 000 $ en faveur des principaux organismes du sud-est de la province qui offrent des services d'hébergement et de counselling aux victimes de violence familiale. L'ancienne députée fédérale Claudette Bradshaw est la marraine du prochain radiothon. Dans le but de rappeler l'importance de cette importante activité de collecte de fonds, certes en donnant généreusement ou selon nos moyens pour la bonne cause, nous reproduisons une partie d'un discours prononcé récemment par Mme Bradshaw, lors d'une conférence de presse. « Toute ma vie, j'ai travaillé avec des enfants qui ont été abusés et qui ont vécu dans la peur le soir. Alors, lorsqu'on parle de la violence, on parle d'un enfant et ça, il ne faut jamais l'oublier puisque cet enfant va un jour grandir et sa situation déterminera quel genre de père ou de mère il deviendra. » Enfin, la gouverneure
générale Michaëlle Jean a décrit quelque
temps passé le quotidien de
celles qui vivent auprès d'un conjoint violent : « C'est
comme vivre
avec une bombe à retardement. L'angoisse, le stress et la peur
sont
alors presque insupportables… C'est un cycle destructeur. » |
L’éditorialiste
induit ses lecteurs en erreur. Ce taux de victimisation de 50% est un
taux de
prévalence à vie qui s’applique à toutes les
formes de victimisation
perpétrées par tous les types d’agresseurs (conjoint,
ex-conjoint,
fils,
père, frère, cousin, connaissances, collègues de
travail, inconnus,
etc).
Si M. Maillet s’était donné la peine de s’informer des
résultats de
1993 quant à la violence conjugale envers les femmes
publiés par
Statistique
Canada dans le Quotidien du 18 novembre 1993, il aurait pu lire
à la
page 2 la
phrase suivante : « les 2,6 millions de Canadiennes qui
ont été
victimes d’actes de violence commis par un conjoint
représentent 25 % de
la population totale de 10 millions de femmes et 29 % des 9 millions de
femmes
qui ont déjà eu un conjoint ». C’est près
de la moitié moins que ce que M. Maillet affirme comme
véridique, sans
avoir
fait la moindre vérification. En outre, il s’agit de taux de
prévalence
à
vie et non de taux de prévalence annuelle, une distinction
cruciale que
M.
Maillet omet de préciser.
Enfin, cette
information date de 1993 et M. Maillet la présente comme encore
actuelle, alors
que deux autres enquêtes ont été
réalisées depuis par Statistique
Canada et
montrent que les taux de prévalence de la violence conjugale
subie par
les
hommes sont comparables aux taux de la violence conjugale subie par les
femmes.
Ces deux enquêtes plus récentes montrent en outre que le
taux de
prévalence sur
cinq ans de la violence conjugale subie par les femmes a diminué
d’environ 50% entre 1993 et 2004 au Canada.
M. Maillet aurait dû
vérifier ses sources avant d’écrire son éditorial…