Lettres ouvertes
Pierre Guilbault


Des chiffres et des hommes
26-06-2006

L'équité salariale
26-06-2006






L'Oeil Régional - Édition du 24 juin 2006

Des chiffres et des hommes

BERNARD BLANCHARD

C'est bien à tort que le collègue Denis Bélanger est accusé de donner dans le sensationnalisme et de faire écho "aux affirmations hystériques de certaines directrices de maisons d'hébergement".

Ces accusations (voir la lettre de Jean-Pierre Gagnon en page 7  http://www.hebdos.net/orb/edition262006/articles.asp?article_id=134685  ) sont formulées à la suite de la publication, dans notre dernière livraison, du dossier Quand la violence l'emporte.

Nous aurions très bien pu ne pas publier cette lettre. Mais nous avons pris l'habitude à L'Œil Régional de ne pas fuir la critique. Dans ce cas, il importe cependant de préciser que l'approche et le travail du journaliste Bélanger étaient sérieux.

Son idée de dossier est née de deux cas de violence conjugale, qui ont mené à l'arrestation de deux individus de la région ces deux dernières semaines.

Denis Bélanger aurait pu se contenter de relater très simplement ces deux faits divers, mais il a préféré fouiller le sujet, ce qui lui a permis de pondre des textes à la fois intéressants et solides, des textes, soit dit en passant, qui n'avaient absolument rien de sensationnalistes... Ce n'était pas du jaunisssme, comme dirait l'autre.

Dans sa réplique, Jean-Pierre Gagnon, qui travaille maintenant pour l'organisme L'Après-Rupture, avance des chiffres, beaucoup de chiffres, dont certains méritent certainement notre attention. Il cite également des études qui méritent sûrement notre attention aussi.

Le point de vue que ce lecteur défend depuis longtemps ne change cependant rien à certaines réalités.

Aucun chiffre, aucune étude non plus ne pourra jamais contredire, par exemple, que pas moins de 11 femmes ont été victimes de meurtre ou tentative de meurtre en 2004, et ce, en Montérégie seulement.

Aucun chiffre, aucune étude ne pourra jamais contredire non plus que 70 hommes violents s'inscrivent, bon an, mal an au programme contre la violence conjugale offert par l'Entraide pour hommes, ici même à Belœil.

Aucun chiffre, aucune étude ne peut faire ombrage au quotidien de la maison d'hébergement pour femmes La Clé sur la porte. À ses débuts, il y a 25 ans, cette maison accueillait annuellement à peine plus de 100 femmes victimes de violence conjugale. Elle en accueille aujourd'hui près de 150.

Aucun chiffre, aucune étude ne pourra jamais changer la réalité de Sylvie, qui a survécu à trois tentatives de meurtre de la part de son ex-conjoint. Et qui a fait preuve de courage en se confiant comme elle l'a fait au collègue Bélanger.

Rien ne pourra changer non plus le témoignage de David, qui a admis un jour éprouver des problèmes à gérer son agressivité. Et qui a fait le nécessaire pour s'en sortir.

Les hommes ont tout à fait le droit de défendre leurs idées, leurs intérêts aussi. Ils ont le droit de défendre les hommes violentés, plutôt que les femmes battues. Ils peuvent chercher à améliorer leur sort et celui de leurs enfants. Ils peuvent mettre les choses en perspective, ils peuvent être critiques face au système mis en place par le gouvernement et face aux subventions accordées à certains organismes. Ils peuvent défendre leurs droits de divorcés. Ils peuvent nuancer les faits, dire par exemple que le fait de claquer une porte n'est pas tout à fait la même chose que de démolir la mâchoire de la conjointe avec un bâton de baseball. Ils peuvent dénoncer les campagnes de propagande, quand campagnes de propagande il y a. Ils peuvent dénoncer les tentatives de culpabilisation abusives, la manipulation...

Comme les femmes, les hommes ont droit à leurs opinions, le droit aussi de les exprimer, évidemment.

Mais il y a toujours une limite à utiliser le moindre prétexte pour essayer de vendre sa salade. Une limite à vouloir défendre sa cause en niant celle de sa voisine. Il y a une limite à mettre en doute, plus ou moins directement, le triste vécu d'une victime comme Sylvie. Ou le professionnalisme d'un journaliste.

Il y a toujours une limite... une simple question de crédibilité.


Et des hommes...


Monsieur Bernard Blanchard,

Que dire de cet homme qui est devenu itinérant drogué au troisième degré, élevé par sa mère, qui n’était « pas si pire », et par sa blonde manipulatrice, criarde et profiteuse du système, qui a semé la discorde entre eux de façon bien intentionnelle.  Le jeune homme a cherché refuge dans les gangs de rue et la drogue.  Il est devenu socialement « irrécupérable ».  Elles ont peur de lui, alléguant même qu’il est possédé.  Lui prétend que la blonde de sa mère le battait sans cesse, et a même abuse sexuellement de lui à la puberté.  Pourtant, il est hors de question que sa mère remette en question l’intégrité de sa blonde

Que dire ce cet autre qui a été élevé par sa mère d’origine chinoise, mais de père québécois, qui a disparu de la circulation lorsqu’il s’est aperçu de la vraie personnalité de la mère de son fils.  Que peut-on reprocher à une pauvre petite chinoise, mère monoparentale, sinon de contrôler carrément la pensée de son fils, ce qu’on qualifie de « mère castratrice », et d’avoir un style dictatorial.  Le résultat : son fils est soumis comme pas un et on le traite à outrance de fifi.

Que dire de celui-ci, abusé sexuellement par sa sœur à l’âge de six ans, simulant des pénétrations vaginales.  Celle-ci a dû agir par vengeance face aux hommes, étant aussi abusée par le nouveau chum de sa mère qui, lorsqu’elle l’a apprise cet état de fait, n’a absolument rien fait de peur de perdre son chum chéri.  Encore aujourd’hui, sa fille hésite à lui reprocher quoi que ce soit, malgré cette complicité après les faits.  Tout ça pour garder son homme, malgré qu’elle aurait très bien pu le poursuivre en justice sans représailles.  On ne peut reprocher quelque chose à une mère.

Que dire de celui qui vit sous le joug de sa mère contrôlante.  Il a fait tout pour avoir son estime, sans résultat.  Toute sa vie, elle a dénigré son père. Les prise de bec faisant partie du quotidien.  Elle a avoué à son fils qu’elle n’a jamais aimé son père, que c’était le frère de ce dernier qu’elle préférait et que c’était la seule façon de le garder proche d’elle.  Le père a même des doutes sur la paternité d’une de ses filles, car il soupçonne sa femme d’avoir couché avec son frère : « elle est assez ratoureuse pour ça ».  Lors des réunions familiales, les filles s’arrachent les cheveux : « le portrait tout craché de leur mère ».   Le fils se déclare homosexuel.  Avec des exemples féminins de la sorte, qui peut le remettre en question.

Que dire de celui qui a grandi avec sa mère devenue danseuse nue, après la mort du père.  Il a grandi en voyant sa mère se promener à moitié nue, se préparant pour aller travailler.  Cette dernière est même tombé en amour avec une « lesbienne », format « king size » et paquet de cigarettes dessous la manche du t-shirt.  Celle-ci donnant généreusement de sévères raclées au petit bonhomme pour un rien.  Aucune intervention de la mère.  Le jeune s’est rapidement dirigé vers les familles d’accueil, dans lesquelles il a été fréquemment abusé physiquement.  Ce dernier se cherche aujourd’hui un homme, allant d’échec en échec émotif, porte sa mère sur un plateau d’argent, cette mère qui a su s’affirmer dans la vie et qui a tant de goût pour la mode!

Que dire de celui qui, ayant vécu toute sa jeunesse dans une famille monoparentale, coincé entre un frère aîné terrorisant, manquant de toute évidence d’autorité paternelle, d’une sœur cadette, d’une mère et d’une grand-mère exerçant leur pouvoir féminin avec toute la liberté que leur en a légué la justice.  Le jeune subissant ce qu’on appelle « le viol de l’âme », c’est-à-dire qu’on forge carrément sa personnalité, ce qui est bien vs ce qui est mal, soit tout ce qui est féminin vs ce qui est masculin.  Ce jeune s’est questionné longuement sur son orientation sexuelle, ainsi que sur son Moi.  On a subtilisé sa personnalité naissante pour lui en inculquer une à l’image des femmes dans lesquelles il a grandi.

Que dire de celui que la mère négligeait constamment parce que, comme il découvrit plus tard, elle se servait de lui pour se venger de son père…

Que dire de ce petit bonhomme que la mère semonçait vertement, sur la rue, devant tout le monde, lui répétant que le dernier homme qui a eu le dessus sur elle, c’était son père : « pis essaye toé pas de faire pareil comme lui ».

Que dire de….

Tous ces cas sont véridiques, Monsieur Blanchard.  C’est arrivé hier, il y a une semaine, un an, dix ans, qu’importe.  Dites-vous bien qu’il n’y ait pas que les femmes qui peuvent se déclarer victimes.  À cette différence que, dans les cas que je vous ai cités plus haut, c’est moi personnellement qui les déclare « victimes ».  Parce que ces derniers ne se considèrent pas en tant que tel.  Parce que dans notre société, les hommes ne peuvent pas être victimes.  Ils méritent ce qui leur arrive.  Parce que, quand ils sont jeunes, ils sont tellement beaux et gentils, selon leurs mères.  Et rendus grands, ils deviennent des maudits hommes.  Mais ce sont pourtant les femmes qui les élèvent dans une très grande proportion. Serait-ce parce qu’elles ne les éduquent pas adéquatement?

Dites-vous bien, Monsieur Blanchard, quand un jeune se fait rabaisser parce que c’est un « mâle en devenir ».  Quand ce même individu, rendu adulte, a constamment cette épée sur la tête, celle qui le condamne comme agresseur de femme potentiel, les propos comme ceux de Monsieur Jean-Pierre Gagnon sont perçus comme une bouffée d’air frais, car quelqu’un donne un autre visage de la gent masculine.

« Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre… »

La réponse : les femmes?

Selon vous….



Équité salariale ou équité pour les femmes
 
Laissez-moi vous exposer brièvement ici les aberrations de la loi sur l'équité.
 
Pour les besoins de la cause, voici quelques précisions dans le jargon des postes au gouvernement provincial:
 
Agent de bureau classe nominale 
Agent de bureau classe principale (i.e. chef d'équipe de la classe nominale)
Techniciens en administration classe nominale
Techniciens en administration classe principale (i.e. chef d'équipe de la classe nominale)
Techniciens en vérification fiscale (l'équivalent de technicien en adm., mais au Revenu)
 
Grâce à la loi sur l'équité salariale et à la magie des savants calculs de celle-ci,
 
1- les agents de bureau classe nominal auront droit à un correctif salairial, pcq à prédominance féminine, mais pas les agents de bureau classe principale (chef d'équipe), pcq à prédominance masculine ou neutre (50/50 env.)
 
2- les techniciens en administration classe nominale verront leurs salaires augmenter, mais pas les techniciens en adm. classe principale (chef d'équipe), toujours pcq ces derniers sont à prédominance masculine ou neutre (50/50 env.) 
 
3- les techniciens en vérification fiscale, peu importe la complexité de leur travail ou de leur responsabilité, n'ont rien en augmentation salariale, pcq à prédominance masculine ou neutre, comparativement aux technicien(nes) en administration.
 
 
Pour pouvoir se classer dans les corps d'emploi visés par la loi sur l'équité, il faut y avoir 60% de femmes à l'emploi.  À partir de ce point, la commission sur l'équité a mis au point une grille d'évaluation en 4 points, eux-mêmes subdivisés.  Deux des principaux points font mention de la responsabilité et de la complexité des tâches.  Dans les postes pré-cités, les chefs d'équipe, pcq à prédominance masculine, n'ont pas droit à un correctif salarial.  Même chose pour les techniciens en vérification fiscale, parce qu'ils n'ont pas franchi la première étape, i.e. à prédominance féminine, peu importe la complexité et la responsabilité de leurs tâches.  (autre cas: les cuisiniers classe 1:rien.  les cuisinières classe 2: 4.19% de correctif, etc...)
 
Où est donc l'équité ? 
 
Faits à noter, sur la première liste des postes ayant droit à un correctif salarial, le poste de technicien en administration n'apparaissait pas.  De plus, le 15 juillet 2005, le SFPQ (syndicat fonction publique du Québec) signait un document demandant une analyse légale pour ce poste, ainsi que deux autres, pour les rajouter à la liste.  Rien n'a été fait pour les techniciens en vérification fiscale!  
 
Une question de ma part: est-ce que l'Office de la Langue Française a modifié ses règles, à savoir la forme féminine doit devancer la forme masculine, parce que sur le site du SFPQ, ça semble être le cas.