L'Oeil Régional - Édition du 24
juin 2006
Des chiffres et des hommes
BERNARD BLANCHARD
C'est bien à tort que le collègue Denis Bélanger
est accusé de donner
dans le sensationnalisme et de faire écho "aux affirmations
hystériques
de certaines directrices de maisons d'hébergement".
Ces accusations (voir la lettre de Jean-Pierre Gagnon en page 7 http://www.hebdos.net/orb/edition262006/articles.asp?article_id=134685
) sont formulées à la suite de la publication, dans notre
dernière
livraison, du dossier Quand la violence l'emporte.
Nous aurions très bien pu ne pas publier cette lettre. Mais nous
avons
pris l'habitude à L'Œil Régional de ne pas fuir la
critique. Dans ce
cas, il importe cependant de préciser que l'approche et le
travail du
journaliste Bélanger étaient sérieux.
Son idée de dossier est née de deux cas de violence
conjugale, qui ont
mené à l'arrestation de deux individus de la
région ces deux dernières
semaines.
Denis Bélanger aurait pu se contenter de relater très
simplement ces
deux faits divers, mais il a préféré fouiller le
sujet, ce qui lui a
permis de pondre des textes à la fois intéressants et
solides, des
textes, soit dit en passant, qui n'avaient absolument rien de
sensationnalistes... Ce n'était pas du jaunisssme, comme dirait
l'autre.
Dans sa réplique, Jean-Pierre Gagnon, qui travaille maintenant
pour
l'organisme L'Après-Rupture, avance des chiffres, beaucoup de
chiffres,
dont certains méritent certainement notre attention. Il cite
également
des études qui méritent sûrement notre attention
aussi.
Le point de vue que ce lecteur défend depuis longtemps ne change
cependant rien à certaines réalités.
Aucun chiffre, aucune étude non plus ne pourra jamais
contredire, par
exemple, que pas moins de 11 femmes ont été victimes de
meurtre ou
tentative de meurtre en 2004, et ce, en Montérégie
seulement.
Aucun chiffre, aucune étude ne pourra jamais contredire non plus
que 70
hommes violents s'inscrivent, bon an, mal an au programme contre la
violence conjugale offert par l'Entraide pour hommes, ici même
à Belœil.
Aucun chiffre, aucune étude ne peut faire ombrage au quotidien
de la
maison d'hébergement pour femmes La Clé sur la porte.
À ses débuts, il
y a 25 ans, cette maison accueillait annuellement à peine plus
de 100
femmes victimes de violence conjugale. Elle en accueille aujourd'hui
près de 150.
Aucun chiffre, aucune étude ne pourra jamais changer la
réalité de
Sylvie, qui a survécu à trois tentatives de meurtre de la
part de son
ex-conjoint. Et qui a fait preuve de courage en se confiant comme elle
l'a fait au collègue Bélanger.
Rien ne pourra changer non plus le témoignage de David, qui a
admis un
jour éprouver des problèmes à gérer son
agressivité. Et qui a fait le
nécessaire pour s'en sortir.
Les hommes ont tout à fait le droit de défendre leurs
idées, leurs
intérêts aussi. Ils ont le droit de défendre les
hommes violentés,
plutôt que les femmes battues. Ils peuvent chercher à
améliorer leur
sort et celui de leurs enfants. Ils peuvent mettre les choses en
perspective, ils peuvent être critiques face au système
mis en place
par le gouvernement et face aux subventions accordées à
certains
organismes. Ils peuvent défendre leurs droits de
divorcés. Ils peuvent
nuancer les faits, dire par exemple que le fait de claquer une porte
n'est pas tout à fait la même chose que de démolir
la mâchoire de la
conjointe avec un bâton de baseball. Ils peuvent dénoncer
les campagnes
de propagande, quand campagnes de propagande il y a. Ils peuvent
dénoncer les tentatives de culpabilisation abusives, la
manipulation...
Comme les femmes, les hommes ont droit à leurs opinions, le
droit aussi
de les exprimer, évidemment.
Mais il y a toujours une limite à utiliser le moindre
prétexte pour
essayer de vendre sa salade. Une limite à vouloir
défendre sa cause en
niant celle de sa voisine. Il y a une limite à mettre en doute,
plus ou
moins directement, le triste vécu d'une victime comme Sylvie. Ou
le
professionnalisme d'un journaliste.
Il y a toujours une limite... une simple question de
crédibilité.
|
Et des hommes...
Monsieur Bernard Blanchard,
Que dire de cet homme qui est devenu itinérant drogué au
troisième
degré, élevé par sa mère, qui
n’était « pas si pire », et par sa blonde
manipulatrice, criarde et profiteuse du système, qui a
semé la discorde
entre eux de façon bien intentionnelle. Le jeune homme a
cherché
refuge dans les gangs de rue et la drogue. Il est devenu
socialement «
irrécupérable ». Elles ont peur de lui,
alléguant même qu’il est
possédé. Lui prétend que la blonde de sa
mère le battait sans cesse,
et a même abuse sexuellement de lui à la
puberté. Pourtant, il est
hors de question que sa mère remette en question
l’intégrité de sa
blonde
Que dire ce cet autre qui a été élevé par
sa mère d’origine chinoise,
mais de père québécois, qui a disparu de la
circulation lorsqu’il s’est
aperçu de la vraie personnalité de la mère de son
fils. Que peut-on
reprocher à une pauvre petite chinoise, mère
monoparentale, sinon de
contrôler carrément la pensée de son fils, ce qu’on
qualifie de « mère
castratrice », et d’avoir un style dictatorial. Le
résultat : son fils
est soumis comme pas un et on le traite à outrance de fifi.
Que dire de celui-ci, abusé sexuellement par sa sœur à
l’âge de six
ans, simulant des pénétrations vaginales. Celle-ci
a dû agir par
vengeance face aux hommes, étant aussi abusée par le
nouveau chum de sa
mère qui, lorsqu’elle l’a apprise cet état de fait, n’a
absolument rien
fait de peur de perdre son chum chéri. Encore aujourd’hui,
sa fille
hésite à lui reprocher quoi que ce soit, malgré
cette complicité après
les faits. Tout ça pour garder son homme, malgré
qu’elle aurait très
bien pu le poursuivre en justice sans représailles. On ne
peut
reprocher quelque chose à une mère.
Que dire de celui qui vit sous le joug de sa mère
contrôlante. Il a
fait tout pour avoir son estime, sans résultat. Toute sa
vie, elle a
dénigré son père. Les prise de bec faisant partie
du quotidien. Elle a
avoué à son fils qu’elle n’a jamais aimé son
père, que c’était le frère
de ce dernier qu’elle préférait et que c’était la
seule façon de le
garder proche d’elle. Le père a même des doutes sur
la paternité d’une
de ses filles, car il soupçonne sa femme d’avoir couché
avec son frère
: « elle est assez ratoureuse pour ça ». Lors
des réunions familiales,
les filles s’arrachent les cheveux : « le portrait tout
craché de leur
mère ». Le fils se déclare
homosexuel. Avec des exemples féminins de
la sorte, qui peut le remettre en question.
Que dire de celui qui a grandi avec sa mère devenue danseuse
nue, après
la mort du père. Il a grandi en voyant sa mère se
promener à moitié
nue, se préparant pour aller travailler. Cette
dernière est même tombé
en amour avec une « lesbienne », format « king size
» et paquet de
cigarettes dessous la manche du t-shirt. Celle-ci donnant
généreusement de sévères raclées au
petit bonhomme pour un rien.
Aucune intervention de la mère. Le jeune s’est rapidement
dirigé vers
les familles d’accueil, dans lesquelles il a été
fréquemment abusé
physiquement. Ce dernier se cherche aujourd’hui un homme, allant
d’échec en échec émotif, porte sa mère sur
un plateau d’argent, cette
mère qui a su s’affirmer dans la vie et qui a tant de goût
pour la mode!
Que dire de celui qui, ayant vécu toute sa jeunesse dans une
famille
monoparentale, coincé entre un frère aîné
terrorisant, manquant de
toute évidence d’autorité paternelle, d’une sœur cadette,
d’une mère et
d’une grand-mère exerçant leur pouvoir féminin
avec toute la liberté
que leur en a légué la justice. Le jeune subissant
ce qu’on appelle «
le viol de l’âme », c’est-à-dire qu’on forge
carrément sa personnalité,
ce qui est bien vs ce qui est mal, soit tout ce qui est féminin
vs ce
qui est masculin. Ce jeune s’est questionné longuement sur
son
orientation sexuelle, ainsi que sur son Moi. On a
subtilisé sa
personnalité naissante pour lui en inculquer une à
l’image des femmes
dans lesquelles il a grandi.
Que dire de celui que la mère négligeait constamment
parce que, comme
il découvrit plus tard, elle se servait de lui pour se venger de
son
père…
Que dire de ce petit bonhomme que la mère semonçait
vertement, sur la
rue, devant tout le monde, lui répétant que le dernier
homme qui a eu
le dessus sur elle, c’était son père : « pis essaye
toé pas de faire
pareil comme lui ».
Que dire de….
Tous ces cas sont véridiques, Monsieur Blanchard. C’est
arrivé hier,
il y a une semaine, un an, dix ans, qu’importe. Dites-vous bien
qu’il
n’y ait pas que les femmes qui peuvent se déclarer
victimes. À cette
différence que, dans les cas que je vous ai cités plus
haut, c’est moi
personnellement qui les déclare « victimes ».
Parce que ces derniers
ne se considèrent pas en tant que tel. Parce que dans
notre société,
les hommes ne peuvent pas être victimes. Ils
méritent ce qui leur
arrive. Parce que, quand ils sont jeunes, ils sont tellement
beaux et
gentils, selon leurs mères. Et rendus grands, ils
deviennent des
maudits hommes. Mais ce sont pourtant les femmes qui les
élèvent dans
une très grande proportion. Serait-ce parce qu’elles ne les
éduquent
pas adéquatement?
Dites-vous bien, Monsieur Blanchard, quand un jeune se fait rabaisser
parce que c’est un « mâle en devenir ». Quand
ce même individu, rendu
adulte, a constamment cette épée sur la tête, celle
qui le condamne
comme agresseur de femme potentiel, les propos comme ceux de Monsieur
Jean-Pierre Gagnon sont perçus comme une bouffée d’air
frais, car
quelqu’un donne un autre visage de la gent masculine.
« Que celui qui n’a jamais péché lui lance la
première pierre… »
La réponse : les femmes?
Selon vous….
Équité salariale
ou équité pour les
femmes
Laissez-moi vous exposer
brièvement ici les
aberrations de la loi sur l'équité.
Pour les besoins de la cause, voici
quelques
précisions dans le jargon des postes au gouvernement provincial:
Agent de bureau classe nominale
Agent de bureau classe principale (i.e.
chef
d'équipe de la classe nominale)
Techniciens en administration classe
nominale
Techniciens en administration classe
principale
(i.e. chef d'équipe de la classe nominale)
Techniciens en vérification
fiscale
(l'équivalent de technicien en adm., mais au Revenu)
Grâce à la loi sur
l'équité salariale et à la
magie des savants calculs de celle-ci,
1- les agents de bureau classe nominal
auront
droit à un correctif salairial, pcq à prédominance
féminine, mais pas
les agents de bureau classe principale (chef d'équipe), pcq
à
prédominance masculine ou neutre (50/50 env.)
2- les techniciens en administration
classe
nominale verront leurs salaires augmenter, mais pas
les techniciens en
adm. classe principale (chef d'équipe), toujours pcq ces
derniers sont
à prédominance masculine ou neutre (50/50 env.)
3- les techniciens en
vérification fiscale, peu
importe la complexité de leur travail ou de leur
responsabilité, n'ont
rien en augmentation salariale, pcq à prédominance
masculine ou neutre,
comparativement aux technicien(nes) en administration.
Pour pouvoir se classer dans les corps
d'emploi
visés par la loi sur l'équité, il faut y avoir 60%
de femmes à
l'emploi. À partir de ce point, la commission sur
l'équité a mis au
point une grille d'évaluation en 4 points, eux-mêmes
subdivisés. Deux
des principaux points font mention de la responsabilité et de la
complexité des tâches. Dans les postes
pré-cités, les chefs d'équipe,
pcq à prédominance masculine, n'ont pas droit à
un correctif salarial.
Même chose pour les techniciens en vérification fiscale,
parce qu'ils
n'ont pas franchi la première étape, i.e. à
prédominance féminine, peu
importe la complexité et la responsabilité de leurs
tâches. (autre
cas: les cuisiniers classe 1:rien. les cuisinières classe
2: 4.19% de
correctif, etc...)
Où est
donc l'équité ?
Faits à noter, sur la
première liste des postes ayant droit à un correctif
salarial, le poste
de technicien en administration n'apparaissait pas. De plus, le
15
juillet 2005, le SFPQ (syndicat fonction publique du Québec)
signait un
document demandant une analyse légale pour ce poste, ainsi que
deux
autres, pour les rajouter à la liste. Rien n'a
été fait pour les
techniciens en vérification fiscale!
Une question de ma part: est-ce que
l'Office de
la Langue Française a modifié ses règles,
à savoir la forme féminine
doit devancer la forme masculine, parce que sur le site du SFPQ,
ça
semble être le cas.