Lettre ouverte
L'après-rupture



28 septembre 2011


Misandrie (très) ordinaire et journalisme à l’ancienne


Avez-vous remarqué comme certaines personnes restent accrochées à une époque révolue ?  Rien ne surpasse à leurs yeux ce qui se faisait dans le bon vieux temps.  Prenez les mélomanes inconditionnels des disques vinyles.  Rien de ce qui se conçoit aujourd’hui en CD remastérisés, pensent-ils, ne saurait rivaliser avec leurs albums originaux enregistrés avec les techniques de l’époque.  Ces amateurs éprouvent un sentiment de sacralisation de l’enregistrement initial qu’aucune innovation ne saurait mettre en valeur sans trahir les intentions de l’auteur, la magie de la première édition, voire l’authenticité de l’œuvre.  Retoucher, pensent-ils, c’est dénaturer.  Tant qu’on en reste au domaine subjectif de l’art, pas de problème, affaire de goût.

Il en va autrement lorsqu’on s’en remet à des enquêtes ou à des statistiques calculées de façon biaisée, quand elles ne sont pas forgées de toutes pièces, en vue d’obtenir des résultats qui servent une idéologie, si valable fut-elle à l’origine.  L’un des principaux mérites du féminisme a été d’ouvrir un œil sur la violence conjugale, affirmait le psychologue Yvon Dallaire, à l’émission Show Tard, sur le FM 98, le 13 septembre dernier. L’ennui, ajoutait-il, c’est qu’il a gardé l’autre fermé sur la violence subie par les hommes.  Nul doute qu’une majorité d’idéologues féministes travaillant pour nos gouvernements reste irréductiblement attachée aux perceptions d’une époque consommée.  Que la vie était simple quand la violence n’était soi-disant subie que par les femmes et exercée que par les hommes !  Aucun questionnement nécessaire, par-delà le bien et le mâle.

Mais pourquoi dérangez-vous notre univers ?


Qu’il était doux, à ces féministes sectaires et à leurs valets masculins, le temps des 300 000 femmes chroniquement battues au Québec, inauguré en 1984, si sauvagement mis à mal par les deux chercheurs de l’Après-Rupture qui en ont démontré la fausseté !  Et que dire des 98 % de victimes féminines de la violence conjugale, brandies tant par l’Institut de la statistique du Québec que par Statistique Canada ?  Il aura fallu attendre 1999 pour que soient enfin compilés les signalements de violence rapportés par les hommes et 2005 pour que Statistique Canada révèle que 546 000 d’entre eux étaient victimes de sévices infligés par leur partenaire de vie au pays.  Quelle fausse note dans le concerto en lamento majeur de la violence faite aux femmes !

Il aura sans doute également fallu surmonter de sérieuses réticences pour qu’une étude pour le moins perturbante soit connue du public, presque 10 ans après sa réalisation.  L’enquête psychosociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean, réalisée en 2000 par la Direction de la santé publique, révélait que 5,4 % des hommes ayant vécu avec une partenaire l’année précédant l’enquête avaient subi de la violence physique, en comparaison de 2,4 % de femmes pour la même période.  Pour achever de démolir le stéréotype de l’homme prédateur et de la femme victime, l’Institut de la statistique du Québec nous apprend que 3,9 % d’hommes ont rapporté au moins un événement de violence physique au cours des cinq dernières années en comparaison de 2,9 % de femmes, ce qui représente 70 200 hommes et 52 600 femmes, respectivement.


Comme si ces données n’étaient pas assez percutantes, Martin S Fiebert, du département de psychologie de la California State University, a compilé plus de 282 études, dont 218 enquêtes empiriques, qui démontrent que les femmes sont autant, sinon plus violentes physiquement, que les hommes.  De quoi cesser de voir la vie en rose au Disney World féministe…

Des journalistes sur la touche…

Avec autant de données disponibles, dont plusieurs nationales, on pourrait croire que nos journalistes peuvent diversifier leurs sources et questionner avec aplomb les diktats d’un féminisme dépassé quand vient le temps de parler de violence conjugale.  N’est-ce pas le rôle de tout commentateur de se documenter, de douter et de remettre en question afin que le public bénéficie de l’information la plus juste possible ?  Un coup d’œil du côté des journalistes du quotidien La Presse suffit pour constater à quel point cet objectif compte pour du vent.


Après avoir constaté, en accompagnant des policiers en patrouille, que « la violence ne se limite pas à un homme qui bat sa femme », Hugo Meunier, délaisse les leçons de son expérience vécue dans son article suivant pour se faire l’écho docile de porte-parole questionnables.  Dans l’optique par ailleurs essentielle de prévenir le meurtre de conjointes, certains en profitent pour nous ramener à nouveau une perception de la violence conjugale datant des années 80 où les rôles d’homme prédateur et de femme victime sont distribués dans une perspective alarmiste et inflationniste.  La plus récente enquête sociale générale de Statistique Canada révèle pourtant une diminution de la prévalence la violence conjugale sévère sur cinq ans depuis 2004, sans compter que le Québec demeure la province où ce fléau est le moins répandu. 

Meunier écrit pourtant : «  Les milliers d'interventions compilées annuellement par la police montréalaise ne sont que la pointe de l'iceberg de ce fléau social, croit la chercheuse Myriam Dubé, spécialiste de l'homicide intrafamilial au CRI-VIFF (Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes). »  Après cette affirmation dramatique non quantifiée, la « chercheuse » enchaîne avec cet autre cliché misandre  : « Qu'il soit rapide ou lent, le cycle de la violence conjugale passe généralement par ces étapes : tension, agression, justification et, enfin, lune de miel, au cours de laquelle l'homme se confond en excuses et tente de reconquérir sa victime. «C'est cette étape qui fait que la femme ne part pas. C'est un engrenage», constate Mme Dubé »  Vos stéréotypes féministes quétaines aussi, c’est un engrenage, Mme Dubé... 


De son côté, sans doute dans le dessein fort louable de s’approprier le vécu des femmes battues, Michèle Ouimet s’est infligé un séjour à la maison La Dauphinelle avant de nous en administrer un compte rendu multipliant les cas pathétiques clôturés par des statistiques maison « révélant » notamment un taux d'occupation de 102%. « Le taux d'hébergement pour violence conjugale a plus que doublé comparativement à l'année précédente » écrit la journaliste. L’impact émotif d’un exemple isolé a cependant de quoi fausser les perceptions et faire oublier les constats dévastateurs de Renaud Lachance, vérificateur général du Québec. Celui-ci dénonçait dans son rapport de 2008 le fait que le budget des maisons d’hébergement avait doublé, en cinq ans, passant de 30 à 60 M $, sans aucune analyse de besoins. Lachance concluait par ailleurs que ces établissements étaient sur financés et sous fréquentés.

Je m’en voudrais de finir ce tour d’horizon d’un journalisme désuet mais toujours en vigueur sans mentionner le triste article de Louise Leduc qui « révèle » que les animaux peuvent dépister la violence conjugale « parce que si le chien est battu, il y a risque que sa maîtresse et les enfants le soient aussi. »  … Mais pas l’homme, l’agresseur !  Difficile d’imaginer misandrie plus flagrante !  Sans excuser cette journaliste, il faut admettre que, compte tenu de la source citée, soit l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, des spécialistes reconnus en violence conjugale, il ne faut pas s’attendre à des prodiges d’analyse psychosociale.  Là où le bât blesse particulièrement, c’est que l’ensemble de leurs constats repose essentiellement sur les témoignages de femmes résidant en… maisons d’hébergement. 

Comme nos gouvernements s’entêtent à nier la nécessité de pareils établissements pour hommes tout en jetant l’argent par les fenêtres dans le cas des femmes, il n’est pas étonnant que tous les exemples de l’article présentent des hommes prédateurs et des femmes victimes.  Pensez-vous que Mme Leduc aurait pu relativiser son propos en soulignant cette particularité ?  Noooooooon, voyons !  Son article demeure un exemple de plus qui démontre que certains journalistes du quotidien de la rue Saint-Jacques se montrent très doués pour nous jouer toujours le même disque.  Rien de tel qu’un bon vieux microsillon…


Olivier Kaestlé
27 septembre 2011
En ligne:  http://olivierkaestle.blogspot.com/2011/09/misandrie-tres-ordinaire-et-journalisme.html