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Mario Roy
Denis Philippon avait vraisemblablement prémédité sa mort. Il avait cherché des témoins pour valider son nouveau testament et laissé entendre à la ronde qu’il était fortement déstabilisé par une rupture. D’où la question, toujours posée en ces cas-là : aurait-on pu prévenir une telle tragédie, celle de ce père qui tue son fils de quatre ans et deux inconnus en causant deux collisions ?
Et prévenir comment ?
Son entourage laisse entendre que l’homme paraissait en effet très déprimé (mais pas forcément suicidaire). Mais ensuite, que fait-on en ce cas-là ? On appelle le CLSC ? Ou la police ? En disant : Monsieur Untel ne va pas très bien ? Personne ne fait ça évidemment… Et un homme ne le fait pas pour lui-même non plus, on le sait bien aussi. Le voudrait-il qu’il n’aurait nulle part où vraiment aller. On l’a dit mille fois et il y a eu des études là-dessus (ah! le rapport Rondeau !) : le réseau de la santé n’est pas sympathique aux hommes et il n’existe à peu près pas de ressources spécialisées comme il en existe beaucoup pour les femmes… lesquelles ont en outre des réseaux personnels la plupart du temps beaucoup plus élaborés que ceux des hommes.
Donc, les hommes se suicident. Beaucoup. Plus ou moins trois par jour au Québec (sans compter un certain nombre d’accidents d’auto, justement, dont on n’est jamais sûr s’ils ont ou non été provoqués). Et les hommes le font en tuant parfois leurs proches -beaucoup plus rarement des inconnus. C’est alors l’horreur intégrale, doublée d’un vaste sentiment d”impuissance et, surtout, d’un déferlement de haine vis-à-vis l’homme qui est en cause (il faut parcourir le web depuis 24 heures pour comprendre l’intensité de ce sentiment à l’endroit de Denis Philippon).
Puis on oublie.
Et, bien entendu, personne ne fait rien, y compris dans ces besogneuses administrations que rien ne pousse à agir pour venir au secours des hommes mal pris : ce n’est pas vendeur, ni auprès de l’électorat, ni auprès des groupes de pression bien organisés, ni auprès des médias.
De sorte qu’il ne reste que le système D. Et on se demande : porte-t-on suffisamment attention à l’humeur et au moral des hommes qui nous sont proches ? Que ferait-on, chacun de nous, si on redoutait un «accident» chez un de ceux-ci ?