Lettre ouverte
L'après-rupture


20 octobre 2011

Violence conjugale et homicides intrafamiliaux


Un comité d'experts biaisé et inutile


Le ministre Yves Bolduc annonce la création d'un comité d'experts sur les homicides intrafamiliaux

QUÉBEC, le 17 oct. 2011 /CNW Telbec/ - Le ministre de la Santé et des Services sociaux, le docteur Yves Bolduc, a annoncé aujourd'hui la création d'un comité d'experts sur les homicides intrafamiliaux. Le comité, qui entreprendra ses travaux sous peu, devrait remettre son rapport au printemps 2012.

En ligne: http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Octobre2011/17/c4620.html




 
L'annonce de la création de ce comité a été soudaine. Il semble même que les deux associations provinciales de maisons d'hébergement  pour les femmes victimes de violence conjugale  n'étaient pas au courant.
En ligne:http://www.cdeacf.ca/actualite/2011/10/18/comite-dexperts-homicides-familiaux-associations
 
Il reste à voir ce que pourra faire ce comité dans le peu de temps qui lui est imparti par le ministre pour étudier le problème des drames familiaux au Québec. Il doit soumettre son rapport au printemps 2012. C'est bien peu pour faire la revue le moindrement complète de la littérature sur la recherche sur les drames familiaux, sur leurs causes, et sur les pratiques de prévention mises en place un peu partout dans le monde et sur l'efficacité de ces mesures d'intervention et sur ces pratiques de prévention.  Il y a fort à parier que ce volet du mandat du comité «d'experts» sera passablement bâclé et qu'il risque fort de présenter les biais idéologiques auxquels nous sommes malheureusement habitués au Québec, d'autant plus que le CRI-VIFF en sera parti. ( Voir entre autre:http://www.lapresrupture.qc.ca/26_05_2011_criviff.html  )  Il y a de forts risques qu'il s'agisse d'un autre rendez-vous manqué avec la recherche scientifique.
 
Par ailleurs, il y a peu à attendre au plan pratique d'un tel comité «d'experts». On escamotera la grande diversité qui caractérise les «drames familiaux» au Québec. Il y a des femmes et des hommes qui tuent leurs enfants au Québec.  Il y en a qui tuent leur conjointe ou leur conjoint. Il y a des enfants qui tuent leurs parents. Dans la majorité de ces cas, c'est l'aboutissement d'un processus conduisant à la détresse psychologique qui s'étend sur plusieurs années. Malheureusement, on est encore très mal équipé au Québec pour dépister la détresse psychologique et intervenir à temps, particulièrement en ce qui concerne les hommes... on enregistre depuis maintenant près de 40 ans plus d'un millier de suicides à chaque année au Québec, en très grande majorité chez les hommes.
 
On omettra certainement de considérer que les suicides constituent des «drames familiaux», même si les conséquences psychologiques d'un suicide sur les proches sont tout aussi dramatiques et traumatisantes que les événements que l'on classe sous la rubrique «drames familiaux».
 
Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux a longtemps ignoré ce problème et est encore loin de lui accorder l'attention dont il devrait faire l'objet. Mais mille suicides font moins de bruit médiatique qu'un seul homicide familial. Et il semble que le ministre de la Santé et des Services Sociaux agit surtout en fonction de ce qui fait la manchette dans les médias. Le moment de l'annonce de ce comité témoigne éloquemment de l'étroitesse de vue qui a présidé à sa mise sur pieds . Il suit en effet de peu la fin du procès du Dr Turcotte  pour l'assassinat de ses deux enfants. Pourtant, ce n'est pas la première fois que surviennent des drames semblables, mais aucun n'a eu un tel retentissement médiatique.
 
On voit bien ce qui alimente les préoccupations du ministre.   
 
Il est à peu près certain que le rapport de ce comité «d'experts» omettra de souligner les déficiences et les carences profondes du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec qui ont pu contribuer par le passé et qui continuent encore de contribuer dans le présent au processus de détresse psychologique conduisant dans certains cas à des drames familiaux.
 
Si l'on prend le cas des drames familiaux causés par les hommes, on ne peut que constater la réticence extrême du Ministère de la Santé et des Services Sociaux à mettre sur pied un programme crédible d'intervention et d'aide pour les hommes en difficultés.  
 
Par exemple, c'est à la fin de 2004 que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a reçu la première version du document que l'on a par la suite convenu d'appeler le rapport Rondeau
En ligne:  http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2004/04-911-01rap.pdf
lequel faisait état de profondes carences et de nombreuses déficiences en ce qui a trait à l'aide et au soutien apportés aux hommes en difficulté, y compris notamment les hommes vivant en situation de profonde détresse psychologique, par suite de maladie, de pertes d'emploi ou dans des situations de rupture de couples. Le rapport Rondeau et d'autres recherches, notamment celles menées par le chercheur Germain Dulac, ont soigneusement documenté le peu de réceptivité, sinon la franche hostilité dans certains cas, du personnel des points de service du Ministère de la Santé et des Services Sociaux à l'endroit des hommes en difficulté et souvent en situation de crise qui se présentent à ces points de service pour obtenir de l'aide.
 
En somme, sept années bien comptées après le dépôt du rapport Rondeau,  le Ministère de la Santé et des Services Sociaux n'est pas encore parvenu à élaborer une politique digne de ce nom et à trouver les ressources pour venir en aide aux hommes en détresse.  Pendant cet intervalle de sept années, le Ministère de la Santé et des Services Sociaux a méthodiquement refusé de donner suite au rapport Rondeau. Rien n'a été fait concrètement pour faire des points de services du Ministère de la Santé  et des Services Sociaux des endroits où les hommes en difficultés, notamment les hommes en situation de détresse psychologique, se sentiraient accueillis et écoutés. L'inaction du  ministre et de son ministère est certainement l'un des facteurs qui contribue à l'occurrence des drames familiaux au Québec. Doit-on s'attendre à sept autres années d'inaction du ministre, une fois que le nouveau comité "d'experts" qu'il vient de créer aura déposé son rapport.  
 
Est-ce qu'un rapport de plus d'un comité «d'experts» risque de changer de quelque façon que ce soit la culture d'indifférence, sinon d'hostilité, du Ministère de la Santé et des Services Sociaux envers les hommes en difficultés?
 
Nous nous permettons d'en douter.
 
Cette culture de l'indifférence du Ministère de la Santé et des Services Sociaux envers les hommes en difficulté s'est édifiée sur une véritable montagne de fausses statistiques, produites dans certains cas au sein même du Ministère de la Santé et des Services Sociaux visant systématique à dépeindre les hommes comme des bourreaux froids et calculateurs obsédés par l'idée de dominer et d'exploiter les femmes. Il ya un peu plus d'un an, L'après-rupture a fait la démonstration irréfutable du caractère fallacieux de ces chiffres du Ministère de la Santé et des Services Sociaux en ce qui a trait au chiffre de 300000 femmes battues à chaque année au Québec et de la véritable cascade de fausses statistiques qui l'ont précédé.
(En ligne: http://www.philo5.com/Librairie/300000FemmesBattuesYAvezVousCru.htm )

Toutes les orientations du gouvernement du Québec en matière de violence conjugale et toutes ses politiques ont été définies en fonction de ces fausses statistiques que le gouvernement du Québec a activement diffusées pendant plus de vingt ans. Cependant, le Ministre de la Santé et des Services Sociaux refuse de reconnaitre publiquement le caractère fallacieux de ces chiffres, de s'en dissocier et de les rejeter, afin de ne pas déplaire à certains lobbies misandres qui se sont servis de ces fausses statistiques pour extorquer des centaines de millions de dollars aux contribuables québécois, ce qui, selon nous, et en vertu du Code Criminel du Canada constitue de l'extorsion.
 
Ce sont pourtant ces fausses statistiques qui ont façonné la culture de l'hostilité envers les hommes en difficulté qui caractérise le ministère de la Santé et des Services Sociaux du Québec et le ministre de la Santé et des Services Sociaux continue d'accorder sa protection et l'immunité aux fonctionnaires qui ont fabriqué de toute pièces ces fausses statistiques.
 
Le comité «d'experts» que le ministre vient de créer ne changera rien à cette réalité, laquelle ne dépend que du ministre.  
 
Par son refus d'agir et d'apporter les rectificatifs qui s'imposent, il y a tout lieu de penser que le ministre de la Santé et des Services Sociaux constitue lui-même un facteur significatif dans le processus qui conduit à l'occurrence d'une bonne partie des «drames familiaux» au Québec.
 
Il faut se demander sérieusement si l'on ne continuera pas à sacrifier la vie d'innocentes personnes aux intérêts et aux considérations politiques, tout en créant des comités d'experts pour servir d'écran de fumée à l'inaction sélective du gouvernement.
 
Il n'y a pas besoin de créer un comité d'experts pour que le ministère de la Santé et des services sociaux reconnaisse enfin la vérité sur la prévalence réelle de la violence conjugale au Québec, qu'il dénonce et rejette sans équivoque les fausses statistiques qu'il a publiées sur cette question, et qu'il reconnaisse que la violence conjugale affecte autant les hommes que les femmes. À défaut d'une telle transparence, il faudra conclure que les travaux de ce comité ne constituent qu'une manoeuvre politique de plus, d'un gouvernement qui tente par tous les moyens de tromper encore les citoyens du Québec.
 
L'équipe de
L'après-rupture